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Quand les constructeurs préparent leurs modèles à un usage partagé

L'ère est aux nouvelles mobilités (covoiturage, autopartage, location entre particuliers) et certains constructeurs ont bien compris l’enjeu. Je vais d'abord parler de PSA, car le groupe a déjà initié un certain nombre de services comme Mu By Peugeot (location occasionnelle de vélos, scooters et autos) et surtout le portail Multicity de Citroën qui comprend un volet de location entre particuliers, en partenariat avec Zilok Auto. Il y a moins d'un an, la marque aux chevrons est devenue le 1er constructeur automobile à lancer un service de location de voitures « Peer to Peer ».


Un exemple qui a d'ailleurs été suivi peu après par... General Motors, dont la filiale On Star (appel d'urgences, services de conciergerie) propose le service Relay Rides pour autoriser la location de voitures entre clients de cet opérateur (ils sont 6 millions aux Etats-Unis). Elle est même un peu plus sophistiquée, car une application sur smartphone permet de déverrouiller les portes et le démarrage, dès lors que la location a été validée entre le propriétaire et l'utilisateur. Les services de mobilité viennent s'ajouter aux prestations classiques des constructeurs.


Mieux encore, les constructeurs commencent à équiper leurs modèles de boîtiers facilitant l'usage partagé. C'est ce que fait par exemple Renault avec le Twizy. Le constructeur, qui a l'expérience de Twizy Way à Saint-Quentin-en-Yvelines et au CEA à Grenoble, intègre désormais en usine une interface compatible avec n’importe quel opérateur d'autopartage. Ce sera la même chose pour la Zoé, qui va par exemple a priori rejoindre le parc d'Auto Bleue et sans doute d'autres dans le futur.


PSA est dans cette même logique. Le groupe français a retenu l'offre de la PME Vulog, spécialisée dans l'autopartage et dont les logiciels équipent plusieurs parcs en France. Sa solution (le boîtier Vubox4) est reliée au bus CAN des véhicules*. Elle est agréée par le constructeur et permet de proposer des services. PSA doit d'ailleurs démarrer un service de partage en entreprise sous la marque « Share your fleet » (et en partenariat avec le loueur Sixt), d'abord en Allemagne.


Les constructeurs allemands ont aussi compris que les véhicules devaient être préparés en amont. Ainsi, BMW et Sixt travaillent ensemble dans le cadre de Drive Now et vont développer ensemble de nouveaux services. La flotte comprend des BMW (Série 1 et X1), ainsi que des Mini. Elle devrait comprendre prochainement des i3 électriques. Daimler est aussi très avancé dans le domaine avec Car2Go) et Volkswagen a démarré une expérience pilote à Hanovre avec le service Quicar.


Avec un boîtier intégré en amont et une application sur smartphone, la voiture partagée de demain jouera à fond la carte de l'électronique et de l'Internet mobile.

*La technologie concerne les modèles DS3, DS4, 308, 3008, 5008, mais aussi C-Zéro et Ion.

Toulouse et sa région s'affirment dans le véhicule intelligent, connecté et électrifié

Hier, j'étais à Toulouse pour la première convention d'affaires d'Automotech, un cluster labellisé par la PFA (Plateforme de la Filière Automobile) et qui vient de fêter son premier anniversaire. La manifestation, placée sous le signe de l'électromobilité et des nouveaux usages, et sur laquelle je reviendrai un peu plus loin, était l'occasion de mieux faire connaître les compétences de la région. Quand on parle de Toulouse, on pense d'abord à Airbus et à la filière aéronautique (voire spatiale), mais l'électronique automobile y est très présente depuis plus d'une trentaine d'années.



Continental Automotive est la société la plus représentative. La filiale française de l'équipementier allemand (qui autrefois s'appelait Siemens VDO) a son siège à Toulouse et a des usines dans la région. Elle collabore notamment avec Renault, en fournissant les moteurs électriques (y compris sur la Zoé).


L'autre acteur clé est l'équipementier Actia. Spécialiste de l'électronique, c'est lui qui - avec le concours de Leroy Somer - fournit la chaîne de traction et l'intelligence de la célèbre Bluecar de Bolloré. Un partenariat qui pourrait avoir des conséquences pour la ville de Toulouse. J'y reviens juste après.


Agrégeant une quarantaine de membres, le cluster Automotech souhaite donc fédérer les entreprises de la région (sous l'impulsion de Midi Pyrénées Expansion), du deux roues à l'utilitaire léger. Le mot d'ordre est de favoriser, autant que possible, la compétence locale. Or, on trouve à la fois des fabricants de véhicules, des fournisseurs de composants et même des fabricants de bornes de charge (à l'image du groupe Cahors avec ses bornes communicantes).


Autre exemple : le Businova de Safra. Ce bus électrique multi-hybride (électrique, hydraulique et thermique), qui revendique 200 km d'autonomie, peut transporter 90 personnes. Il est fabriqué en France et plus précisément à Albi.


Toulouse cherche en fait sa place. La ville rose voit d'autres métropoles régionales passer à l'électrique, comme Bordeaux qui va adopter Autolib' tout comme Lyon (des contacts seraient en cours au niveau de la mairie). De l'autre côté des Pyrénées, Barcelone a une stratégie très intéressante avec une réflexion sur le taxi et le bus électriques, ainsi que sur le véhicule partagé, qui prendra la forme d'une offre de location de scooters électriques avec un fabricant local. Aujourd'hui, Toulouse a un service d'autopartage baptisé Mobilib' et avec des véhicules thermiques. La ville a aussi expérimenté la technologie NFC (Near Field Conmmunication) pour remplacer la clé de contact par un smartphone sur la voiture partagée.


C'est d'ailleurs une version plus évoluée que Continental a présentée lors de la convention Automotech. Le smartphone sert à la fois de sésame électronique et de co-pilote électronique, une application avec GPS ayant été développée par l'équipementier pour faciliter l'usage du véhicule électrique partagé. Elle est en test à Bordeaux avec Veolia.

Voir le diaporama :

 

Les technologies de l'information sont d'ailleurs l'un des atouts de Toulouse et sa région. On y trouve par exemple la société Lyberta, une "spin off" issue du CNES et spécialisée dans la géolocalisation des places de parking (via des sondes communicantes).


A l'occasion d'Automotech, elle a présenté le concept Statiolib, qui comme son nom l'indique est une solution d'aide au stationnement public. Via son smartphone, on peut trouver plus facilement une place (la place libre remontant l'info à un serveur).


Ce ne sont pas les idées qui manquent. Il y a toutes les briques, mais encore faut-il trouver l'opérateur qui saura mettre en musique tous ces concepts. Lors d'une table ronde, Actia a suggéré de rééditer l'expérience de Rockfeller qui avait su imposer un carburant (à partir du pétrole de la Standard Oil) et contribuer ainsi à l'essor de la Ford T. Bolloré pourrait jouer ce rôle en France en investissant dans les bornes et le service de mobilité.


Et pour boucler la boucle, signalons au passage que le savoir-faire de l'automobile va bénéficier à l'aéronautique à Toulouse (tout comme le transport ferroviaire et terrestre). Continental dispose en effet d'une filiale chargée de valoriser son savoir-faire (motorisations électriques et hybrides, capteurs, systèmes d'aide à la conduite) dans d'autres secteurs d'activité. C'est ainsi que des avions pourraient par exemple dans le futur rouler en mode électrique sur le tarmac de l'aéroport de Blagnac avec de la technologie "made in Toulouse".

Renault Twizy : un vecteur d'innovation

Le quadricycle électrique de Renault est un support idéal pour le marketing, mais aussi pour l'innovation. Ainsi, à l’occasion du congrès "Vision"*, dédié à l’éclairage automobile et aux système d'aide à la conduite, Renault et Philips ont présenté une Twizy entièrement équipée de phares à LED. Il s'agissait d'un prototype baptisé Xperience Lab. L'objectif était de remplacer les sources lumineuses (feux, clignotants) par des diodes électro-luminescentes, sans modifier le véhicule et en ne dépassant pas l’espace disponible pour des sources lumineuses conventionnelles. Un pari réussi et qui a l'avantage de combiner le high tech et l'écologie par une moindre consommation. Renault a d'ailleurs l'intention d'avoir recours à ce laboratoire roulant pour étudier tous les aspects liés aux LED pour des développements futurs.



Un autre exemple, plus récent : à l'occasion d'un show sur les innovations qui avait lieu mercredi (le Hello Show), Orange a dévoilé un Twizy NFC. L'opérateur, qui croit beaucoup à cette technologie**, avait déjà communiqué sur ce thème lors du Mondial de l'Automobile avec une Opel Ampera, dont l'entrée à bord pouvait se faire grâce à un smartphone compatible dans le cadre d'une application d'auto partage (avec ADM Concept). Le même concept a été appliqué au Twizy. Il se trouve que l'opérateur en a commandé une centaine pour ses besoins de mobilité en interne. Le petit plus de la version dévoilée au Hello Show : quand le mobile approche du lecteur NFC intégré du véhicule, la portière s'ouvre toute seule du côté droit (celui qui est côté trottoir). Mais, c'était juste pour la démo. Les Twizy d'Orange ne seront pas transformés. Mais, ils auront un système d'ouverture piloté par NFC et qui donne par ailleurs accès à un coffre fort sécurisé dans le tableau de bord où se trouvent la clé et les papiers du véhicule.


Enfin, rappelons que c'est également ce modèle qui a été choisi par Renault pour inaugurer un nouveau service d'auto-partage, Twizy Way. C'est un service tout compris qui intègre la location du véhicule, son entretien, l’énergie et le stationnement. C’est comme Autolib’ avec le Twizy, mais avec quelques nuances. Contrairement à la Bluecar, le quadricycle de Renault n’est pas à prendre en station, mais sur une place de stationnement classique. Le Twizy opère dans une zone bien délimitée à Saint-Quentin-en-Yvelines. On peut le réserver à l’avance (via un ordinateur) ou à la volée si un exemplaire est disponible. Dans ce cas, il suffit d’utiliser son Smartphone en flashant le code QR qui se trouve sur le véhicule.

*Evénement organisé par la SIA (Société des Ingénieurs de l'Automobile) qui a eu lieu en octobre dernier, pendant le Mondial de l'Automobile.
**Le Near Field Communication est un protocole de communication sans fil à courte portée, en lien avec la carte SIM pour payer le stationnement, des billets de transport ou divers achats.